Dîner de cons

Article dédié à tous ces CONS de cadres (oh la la sont cons les cadres), tous ces CONS de commerçants (ceux-là aussi sont très très cons), à tous ces CONS de restaurateurs, à tous ces CONS d’étudiants, à tous ces CONS de médecins, tous les CONS d’assureurs, tous les CONS d’agriculteurs, tous ces CONS d’éboueurs aussi, tous les CONS de dentistes, tous les CONS de PDG, tous les CONS d’ouvriers, à tous les CONS d’écrivains, tous les CONS de coiffeurs ainsi que tous les CONS d’ingénieurs…, et j’en oublie, la liste est longue. Ne vous vexez pas, c’est dit en toute amitié et avec le sourire. Comment cela ce n’est pas amusant? Ah mince, je croyais pourtant… C’est bizarre que vous ne trouviez pas ça drôle, pourtant pendant le dîner, Bertrand a dit « ces cons d’enseignants » et tout le monde a acquiescé en riant… Quoi ? Maintenant, c’est en effet drôle et vous adhérez aussi ? Ah d’accord, mince, moi qui voulais faire mon petit effet, je me suis trompée de profession ! Quelle conne cette Florilège, on voit bien que c’est une enseignante !!! Elle n’avait même pas compris qu’il n’y avait que les cons d’enseignants qui étaient risibles.
Bon on se la refait alors : « A tous ces cons d’enseignants » AH ah ah ah, je vois des rires hilares parmi mes lecteurs. Pas de rires de sitcoms préenregistrés, non, des rires francs et massifs. Ca fait plaisir. Moi aussi j’ai bien ri.
Le ton est donné, mes petits cocos. Aujourd’hui le rire est jaune, pas un beau jaune ocre ou doré. Non, non, non un « jaunasse », délavé et terne. Parce qu’il y a des jours (tous les jours) où ça me fatigue d’être insultée, même indirectement. Parce que je n’ai sûrement pas assez été habituée par le passé à être insultée par le premier venu, sans raison valable. Pourtant j’ai des TRES BONNES raisons d’être insultée, je le cherche un peu voyez-vous. Grosse (baaah sont sales les gros), blonde (et cruche en plus), ajoutez à cela enseignante maintenant. Cumul de handicaps. Y en a qui sont destinés à la dolce vita, inutile de vous dire que je suis plutôt destinée aux insultes. Limite étonnée qu’on ne m’ait pas encore craché dessus. Mais je ne désespère pas, ça viendra peut être.
Je ne vais pas vous faire tout un speech sur les brimades faites aux enseignants parce que j’ai bien conscience qu’il y a des choses bien plus graves qui se passent dans ce monde, c’est juste que la banalisation des « ces cons d’enseignants » commencent à m’épuiser. Alors que je n’ai qu’un an de métier ! Parce que visiblement beaucoup de personnes semblent sourdes au « tu sais, j’ai bien peur qu’il n’y ait pas moins de cons dans ta profession, il suffit seulement d’être assez intelligent(e) pour t’en rendre compte et pour passer outre les généralités. Les enseignants ne sont pas tous des cons tout simplement parce qu’ils ne sont pas seulement un métier mais des personnes avec des critères multiples d’expérience, de conception de la vie, de personnalité… Tu ne peux donc pas dire les enseignants (ou n’importe quel métier) sont tous des… parce que le fait d’être enseignant ne donne pas d’universalité à quoi que ce soit, parce que justement ils ne sont pas tous quelque chose mais tous différents. » puisque seulement 5 minutes après les insultes généralisées recommencent.
Juste parce que c’est le genre de réflexions qui font partie d’un dénigrement général du métier (je ne suis en aucun cas fataliste ou souffrant d’un délire de persécution, je suis seulement souvent insultée depuis que je suis instite, par des membres plus ou moins proches de ma famille, des connaissances, des voisins…) qui m’ont fait à un moment hésiter. J’ai réellement réfléchi à ma possibilité ou non de supporter les réflexions permanentes avant de passer le concours. Le fait d’être dénigrée ou non ne devrait pas être un critère de choix de la future profession. Ce serait le cas s’il y avait un minimum de respect d’autrui.
Parce que cela incite les gens à réagir par castres : en gros, les enseignants restent avec les enseignants ce qui leur évitera d’être confrontés aux discours méprisants des autres. Je pense qu’on pourrait espérer un peu plus de mélanges.
Parce que je trouve ce manque de respect de l’autre inadmissible, dénotant un manque cruel de conversation, d’intelligence, probablement aussi une certaine suffisance et une volonté de briller par le dénigrement d’autrui. Cela fait sûrement recette dans certains milieux, dieu me garde bien à l’avenir de les fréquenter.
Parce que je trouve aussi dommage d’en arriver à devoir passer soi-même aux insultes non justifiées accompagnées d’un sourire provocateur pour pouvoir être entendue avec un « bien moins que ces cons de médecins/ouvriers/libraires…» (selon qui on a face à soi) qui va plus facilement faire taire le détracteur. Les personnes qui insultent n’aiment pas forcément être insultées. Les personnes qui font des généralités n’apprécient pas toutes les généralités.
Parce que ces insultes ne sont en général pas suivies d’un semblant d’argument (cela dit existe-t-il de bons arguments qui permettent d’insulter quelqu’un de par sa profession?) et dit sans me regarder dans les yeux. Il faut du courage pour insulter les gens en les regardant dans les yeux. C’est plus facile avec un regard fuyant, on a plus de chance que la réplique passe à la trappe et de pouvoir faire son petit effet sans risquer d’être dérouté par un(e) enseignant(e) belliqueux/se. Je n’aime pas plus les gens lâches que ceux qui font des généralités.
PS1 : Pour vos dîners mondains, soyez original, n’insultez plus les enseignants, c’est tellement banal et galvaudé, insultez des professions plus rares, cela vous conférera un sentiment d’exclusivité et vos amis en seront épatés ! Préférez par exemple au très usité « ces cons d’enseignants sont tous des fainéants » un beaucoup plus recherché « les bergers péruviens sont réellement des marginaux d’un manque de socialisation effarant », ce qui montrera, de surcroît, votre côté baroudeur et à l’écoute de la nature qui n’échappera sans doute pas à la gente féminine.
PS2 : (non pas la playstation, ah ah ah, elle est vraiment conne cette enseignante, non ?) Il me semble que tout le monde serait (où s’ils ne le sont pas, ils le devraient) choqué si l’on parlait de ces cons d’homosexuels ou ces cons d’étrangers. Pourquoi trouver normal que l’on insulte les enseignants ? N’est-ce pas une sorte de discrimination et un manque de respect inacceptable ? La question véritable étant « Les enseignants sont-ils des êtres humains ayant droit de ne pas être insultés en permanence ? », aux dires de certains, je me pose la question…
PS3 : Chers enseignants, c’est votre quart d’heure de gloire, profitez-en, ça ne va sûrement pas vous arriver souvent : chers enseignants, je vous trouve fabuleux (TOUS, gloire aux généralités), beaux, gentils, forts, grands, magnifiques, courageux, intelligents… BIP, partie de l’article censurée par un trop plein de bons sentiments et un discours trop à contre courant.
Mais tout ceci n’est pas si grave, en fait,
- parce qu’à l’avenir je fuirai les personnes qui ne parlent que par généralités, ils ne m’ont de toute façon rien apporté, et malheureusement je crois que mon discours n’a pas été entendu non plus…
- parce qu’en allumant l’ordinateur pleine de colère et de rage pour écrire cet article, je suis tombée sur ma photo de classe du carnaval, avec toutes ces petites bouilles déguisées qui sourient et me glissent des « je t’aime maîtresse » à longueur de journée. Excusez-moi, mes chéris, tellement emplie de l’ambiance de ce dîner de cons, je vous en avais oubliés. Je continuerai, envers et contre tous (Florilège et l’art du mélodrame (^_^)), pour vous. Insultes ou pas, je ne regrette rien. Vraiment rien. Je suis même assez fière de moi, et surtout de vous.